Dans un texte publié en 2020, l’anthropologue Maria Angela Jansen explique comment le vêtement, devenu marchandise, participe à l’illusion de la modernité. 

En s’appuyant sur les études décoloniales, Jansen suggère que la modernité est une conception qui a été diffusée avec le colonialisme. En effet, selon la pensée décoloniale, on ne peut pas dissocier la modernité de la soumission de différents peuples, de l’invasion de différentes terres et de l’effacement de plusieurs cultures, tous provoqués par le colonialisme. L’idée d’apporter la modernité en terre colonisée, a d’ailleurs été utilisée par les Empires pour justifier la colonisation. 

L’idée de « modernité » serait donc une vision eurocentrée des notions de progrès et de temps. En effet, la modernité favorise une vision linéaire du temps où le futur est forcément une version évoluée du passé. Le passé, lui, est considéré comme rétrograde et symboliquement dévalué. 

Ainsi, cette pensée considère que ce qui n’évolue pas est « bloqué dans l’ancien ». Par opposition, ce qui change est valorisé car considéré comme « évolué ». Le temps devient donc une dimension de pouvoir : celui qui a le nouveau est symboliquement valorisé par rapport à celui qui porte l’ancien. 

Jansen pense que la mode est un domaine particulièrement illustrateur de cette notion de modernité. Les vêtements et les pratiques vestimentaires qui n’évoluent pas régulièrement sont considérées comme « statiques » ou « traditionnelles ». La mode, au contraire, promeut un changement constant et de plus en plus rapide des pratiques vestimentaires. Le vêtement matérialise l’idée de progrès, d’avancée vers un futur évolué. 

Screenshot

Jansen pense que ce cadre de la modernité qui découle de la colonisation, prévaut encore dans nos façons d’habiller nos corps. Le vêtement en tant qu’objet participe à matérialiser l’illusion de la modernité. La mode ne vend pas des vêtements, elle vend l’expérience de la nouveauté donc du moderne. 

En consommant les dernières créations de la mode, nous pensons avancer vers une meilleure version de nous-même, promise par cette illusion de la modernité. En dévaluant symboliquement ce qui est passé, le cadre de la modernité dans lequel nous évoluons incite au renouveau, et donc à la consommation constante.

Jansen, M. A. (2020). Fashion and the phantasmagoria of modernity: An introduction to decolonial fashion discourse. Fashion Theory, 24(6), 815-836.

Leave a comment