Les échanges de vêtements d’occasion sont antérieurs aux périodes coloniales. Pour autant, les colonisations ont permis l’institutionnalisation des échanges de fripe depuis les métropoles vers leurs colonies. Ces flux commerciaux ont formé la base d’un commerce toujours actuel où transitent des tonnes de vêtements du Nord vers le Sud.
L’anthropologue Jean Comaroff explique dans un article en 1994 que la mission civilisatrice des Empires occidentaux consistaient en une conquête autant du religieux que de l’ordinaire. Par conséquent, contrôler les objets de tous les jours était aussi important dans la colonisation que de diffuser la Bible. Ainsi, les vêtements ont largement participé à la construction des sujets colonisés.

Selon elle, les entreprises coloniales avaient des visées à la fois civilisatrices et répondaient à des objectifs commerciaux. Ainsi, si les missionnaires chrétiens se sont engagés à couvrir l’apparente nudité des populations colonisées pour répondre à des normes religieuses de la pudeur, ils participaient en parallèle, à des objectifs commerciaux de l’Empire de créer de nouveaux marchés hors de la métropole.
Les industries textiles locales servant à répondre aux normes vestimentaires antérieures à la colonisation, ne pouvaient pas répondre aux demandes de couvrir les corps d’une autre manière, C’est le cas par exemple de l’industrie textile en Afrique du Sud, qui ne permettait pas de répondre aux normes vestimentaires imposées par l’Empire anglais. Ainsi, l’Empire a appelé à ce que Comarroff nomme la « générosité » de la population de la métropole pour envoyer des anciens vêtements vers les colonies. Ces envois arrivaient à une période de croissance de l’industrie de la mode en Europe, qui encourageait les gens à se débarrasser de leurs vetements usés. Ainsi, des tonnes de vêtements usés d’Angleterre étaient envoyés en Afrique du Sud pour habiller les populations colonisées.
Ces transferts étaient soutenus en Europe d’une rhétorique de l’aide à une population vulnérable et non-civilisée ainsi que des images montrant les résultats des efforts bienveillants de la population colonisatrice. Pour autant, malgré toute la volonté de contrôle de l’habillement, les populations réceptrices se sont pour certaines, réappropriées les vêtements importés créant de nouvelles pratiques vestimentaires qui leur étaient propres. La sape, qui est née en Afrique de l’Ouest, est un exemple de réappropriation du vêtement européen importé lors de la colonisation. (Charpy 2015)
- Charpy Manuel, 2015, « Les aventuriers de la mode:Les sapeurs congolais à Paris et l’usage de la mode en migration (1890-2014) », Hommes & Migrations, 2015, vol. 1310, no 2, p. 25‑33.
- Comaroff Jean, 1994, « Les vieux habits de l’Empire. Façonner le sujet colonial », Anthropologie et Sociétés, 3 novembre 1994, vol. 18, no 3, p. 15‑38.
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