Comment un magazine de mode peut-il devenir un outil colonial ?
En 2022, l’historien Pierre-Jean Desemerie étudie le rôle du magazine féminin Paris-Alger dans la colonisation de l’Algérie par la France. La colonisation de l’Agérie par la France est considérée comme une « colonisation de peuplement ». Cela signifie que l’intention de l’empire est « d’éradiquer » la population autochtone et sa culture pour les remplacer par celles de l’Empire colonisateur.


Le magazine Paris-Alger soutient l’Empire grace à plusieurs stratégies propres au colonialisme de peuplement. D’abord, il fonctionne comme un outil de reproduction de la culture française en Algérie. En ce sens, il emploie les mêmes codes éditoriaux que les magazines de mode français, et il diffuse les dernières modes vestimentaires et décoratives Parisiennes. En promouvant la mode a la française, il renforce l’idée de supériorité culturelle de la France. De même, en diffusant les modèles féminins attendus, il encense une féminité coloniale qui participe à la diffusion du pouvoir de l’Empire.
La deuxième stratégie employée par le magazine est l’effacement de la population d’origine. En effet, le magazine ne mentionne jamais les populations autochtones ou leurs cultures. En omettant, ne serait-ce que visuellement, la présence des colonisé.e.s, le magazine participe à construire l’idée que la population colonisatrice domine le territoire colonisé. Dans de rares cas, le magazine évoque des traits de la culture autochtone. Cependant, cela est fait pour souligner la réappropriation de ceux-ci par la population coloniale et leur « amélioration ». C’est le cas par exemple, du vernis à ongles rouge, inspiré de la pratique du henné et employé dans le but de souligner la blancheur de peau des coloniales – signe physique de supériorité.
Aussi, en communiquant des normes vestimentaires changeantes, le magazine permet de différencier la femme moderne et la femme dite « indigène » qui garde ses pratiques anciennes.

Enfin et finalement, le magazine parle de la femme coloniale – c’est à dire l’expatriée venue s’installer en Algérie comme étant « l’Algérienne ». Par cette appellation, le magazine participe à effacer la population autochtone ne serait-ce que symboliquement et à la remplacer par une nouvelle population qui n’est pas réellement française, mais qui est considérée comme étant locale.
L’étude de Pierre-Jean Desemerie nous montre comment la mode et le discours qui l’entoure participe à des rapports de domination, dans ce cas, des rapports coloniaux entre l’Algérie et la France.
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