L’anthropologue Jennifer Cole observe dans une étude réalisée en 2004 que les changements de pratiques vestimentaires d’un groupe peuvent refléter des transformations dans les structures de pouvoir. La chercheuse étudie pendant plusieurs années les pratiques vestimentaires des jeunes de Tamatave, une ville de l’Est de Madagascar. Son observation montre que les vêtements deviennent un outil pour d’accéder à des opportunités politiques et économiques. 

Lors de la colonisation de Madagascar par la France de 1896 à 1960, avoir une éducation académique permettait d’accéder à diverses opportunités politiques et économiques au sein du système colonial. Avec les changements politiques qui ont lieu à partir de l’indépendance et les régimes post-indépendance, Cole explique que ce qui permet de gagner de la valeur sociale, et de sécuriser un futur, n’est plus forcément le suivi d’une éducation académique.  En effet, à Madagascar dans les années 90, avoir de l’argent permet d’accéder à certaines positions sociales dans la nouvelle organisation du pays. Les jeunes de l’époque ne savent plus comment s’assurer un futur stable. Suggérer qu’ils ont un pouvoir économique important est une manière pour eux d’obtenir des opportunités diverses. Cette suggestion passe notamment par les choix vestimentaires.


Dès les années 90, Madagascar connaît une libéralisation de son économie. Cette ouverture des marchés a permis au moins deux changements majeurs. Tout d’abord, elle a permis la nouvelle conscience de la population d’appartenir à un système monde. Ensuite, elle a impliqué l’import de nouveaux produits notamment des vêtements industriels. Emportant de nouvelles apparences visuelles, ces formes vestimentaires venues de l’extérieur brouillent les codes sociaux antécédents. La société va donc se réapproprier ces outils visuels pour créer de nouveaux codes sociaux. 

Comme dit plus haut, les personnes ayant de l’argent sont socialement valorisées et favorisées dans le Tamatave des années 90. Les jeunes de la ville vont donc utiliser les vêtements nouvellement importés comme signes visuels démontrant un pouvoir économique. Pour cela, ils vont s’inspirer de ce qui leur parait avoir un pouvoir économique important à l’époque : l’Europe. Copier la mode européenne devient une manière de suggérer (ou de prouver) un pouvoir économique conséquent. Ainsi, la mode européenne devient un marqueur de réussite sociale à Tamatave dans les années 90.

Cependant, dans ce contexte, l’accès à ces opportunités est inégalement réparti suivant si l’on est perçu.e comme un homme ou une femme. En effet, pour les femmes, le port de vêtements dits « occidentaux » leur permet d’employer des codes vestimentaires qui plaisent aux hommes européens, détenteurs du pouvoir économique à l’époque. Le vetement devient ainsi une manière de répondre aux changements des dynamiques de pouvoirs au sein de leur ville (et pays) et d’assurer une protection financière pour elles et leurs entourages.
L’étude de Cole montre que les pratiques vestimentaires sont influencées par les dynamiques de pouvoir au sein d’un groupe à un moment donné. Un changement dans ces dernières peut entraîner un changement vestimentaire de l’ensemble du groupe.

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