Les merveilles naissent d’insomnies
Garment Stories: Lady Di’s suit
Once upon a time, a mother was about to marry off her son. Besides the date, the church, the town hall, the in-laws, the caterer, the flowers, the in-laws, the guests, the gifts, and the in-laws—the mother had to find an outfit for herself. The dress had to be worthy of the mother of the groom. He was her first son, and she would walk down the aisle on his arm. What does one wear to walk down the aisle if it is neither for mourning nor for marrying?
It must have been the late 1980s, perhaps 1987 or 1988. Sometimes the year of a wedding fades with time. For nearly thirty years, the mother had been sewing her own clothes. Sewing magazines were her guide, transforming flat fabric into living garments. The first piece of clothing the mother made for herself—back when she was not yet a mother—was a fitted dress with a flared skirt. The dress, made of colourful fabric, received, on its first outing, the flushed congratulations of an angry father who threw his glass of red wine at her bodice. Was the colourful fabric lacking in colour, Papa?
The best was yet to come, wasn’t it ? Life had blessed this mother, still not a mother, with a father full of anger, a mother full of mischief, brothers full of vice, and sisters full of emptiness. Life had forgotten to fill the pockets of the mother, still not a mother, with such abundance. She set out into life without a penny. Should people without a penny go without beautiful dresses?
They had to stain a dress for her to make dozens more. Wonders born of sleepless nights. Focusing on the tiny stitches silences the sharp pangs of anxiety. The mother, finally a mother, dressed her children—little dolls turned big. The pages of the monthly Burda magazine adorned the family: Bermuda shorts for some, a skirt for the youngest, a shirt for him, and all kinds of dresses for her. Sewing was for birthdays, weddings, and the start of the school year. Sewing filled the nights. Now, sewing was needed to accompany the eldest son to the altar. But what does one wear to go to the altar?
A blouse and skirt, February issue, page 87 (like the year of the wedding?) The mother rummaged through her fabrics. Small blue hearts on a bed of white silk. Bought in Cannes a few months ago for the Festival. A festival is elegant, just as elegant as a wedding, isn’t it?
The silence of the night echoed with fears. The sewing machine spat out thread, rolled its foot, pounded its needle, beat, pierced, and pulled. In this chaos, the mother found peace, and the outfit took shape. Small blue hearts on a bed of white silk. There’s no time for anything when a wedding approaches, but time will wait until it’s perfect, worthy of high fashion. That’s just it : replacing the impossibility of having it made by making it. In another world, the mother would have sewn for luxury. She would have created fashion, real fashion, the kind made in Paris that turns any woman into a beautiful woman, any body into a sculpture. When you have no money, no one asks what you want to do. Unable to live her dream, she dreamed while sewing. Straight stitches, pleats folded, finishes finished, the ensemble was ready. How many days until the wedding?
Small blue hearts on a bed of white silk. There she is, in the centre of the aisle, holding her son’s arm, in her night ensemble. Her smile is frozen on the glossy paper. She hands me another photo. She is as beautiful as the ladies of Paris, as beautiful as Lady Di, as she likes to repeat. Even more beautiful than Lady Di, I assure her. The mother—now a grandmother—takes the ensemble out of the closet. Small blue hearts on a bed of white silk. She protects her memory with plastic. A relic reminiscent of sleepless nights, the Festival, the dreams of Parisian salons, the wedding, the eldest son. It represents the effort of several nights, patience, tenacity, the frustration of failures, the pride of completion. Now that she can afford to have things made, the mother—now a grandmother—admits: of all the clothes she keeps, only those she sewed with her own hands remain. The rest lack the touch of the soul. Small blue hearts on a bed of white silk tell a story, the story of a mother even more beautiful than Lady Di.
Garment Stories : L’ensemble de Lady Di
Il était une fois une mère qui allait marier son fils. Outre la date, l’église, la mairie, les beaux-parents, le traiteur, les fleurs, les beaux-parents, les invités, les cadeaux et les beaux-parents – la mère devait se trouver une tenue. Il fallait que l’habit soit digne de la mère du marié. C’était son fils, son premier fils et elle était celle qui allait descendre l’allée à son bras. Que porte-t-on pour descendre une allée si nous n’allons ni s’engager ni s’endeuiller ?
Ce devait être la fin des années 1980, peut-être était-ce 1987, ou 1988. Il arrive que l’année d’un mariage s’efface avec le temps. Cela faisait presque trente ans que la mère cousait ses propres vêtements. Les magazines de couture étaient sa ligne directrice l’amenant d’un tissu plat à un vêtement vivant. Le premier vêtement que la mère s’est réalisé – à l’époque où elle n’était pas encore mère – était une robe cintrée au jupon évasé. Robe au tissu bariolé qui reçut, dès sa première sortie, les félicitations empourprées d’un père colérique lui jetant son verre de rouge au corset. Le bariolé manquait-il de barioles papa ?
Une robe de tâchée, dix … qui peuvent l’être ? La vie avait gâtée cette mère toujours pas mère, d’un père plein de colère, d’une mère pleine de malices, de frères pleins de vices et de sœurs pleines de vide. La vie avait donc oublié de mettre pareille abondance dans les poches de la mère toujours pas mère. Celle-ci s’envolait pour la vie sans un sous. Les gens sans le sous doivent-elles se passer de belles robes ?
Il fallait qu’ils lui tachent une robe pour qu’elle en fasse des dizaines. Les merveilles naissent d’insomnies. Se concentrer sur les minuscules points de couture font taire les grandes pointes d’angoisse. La mère, enfin mère, habillait ses enfants – petites poupées devenues grandes. Les pages du Burda mensuel paraient la famille : pantacourt pour les uns, jupe pour la dernière, chemise pour lui et toutes les sortes de robes pour elle. On cousait pour les anniversaires, les mariages, la rentrée des classes. On cousait pour combler les nuits. À présent il fallait coudre pour accompagner le fils ainé à l’autel. Mais enfin, que porte-t-on pour aller à l’autel ?
Une blouse et sa jupe, numéro de février, page 87 (comme l’année du mariage ?) La mère fouille dans ses tissus. Petits cœurs bleus sur lit de soie blanche. Acheté à Cannes, il y a quelques mois, pour le Festival. C’est élégant un festival, c’est aussi élégant qu’un mariage, n’est-ce pas ?
Le silence de la nuit fait résonner les peurs. La machine crachait son fils, roulait son pied, tapait son aiguille, battait, trouait, tirait. Dans ce capharnaüm, la mère s’apaisait, et l’habit se faisait. Petits cœurs bleus sur lit de soie blanche. On n’a le temps de rien quand un mariage arrive, mais le temps attendra que ce soit parfait, digne d’une grande Maison. Car c’est cela que la mère remplaçait en faisant : l’impossibilité de faire faire. Dans un autre monde, la mère aurait cousu pour le luxe. Elle aurait créé la mode, la vraie, celle que l’on fait à Paris, qui fait de n’importe quelle femme, une belle femme, de n’importe quel corps une sculpture. Quand on n’a pas le sou, on ne vous demande pas ce que vous voulez faire. Faute de vivre son rêve, elle rêvait en cousant. Les piqures droites, les plis pliés, les finitions finies, l’ensemble était prêt. Combien de jours avant le mariage ?
Petits cœurs bleus sur lit de soie blanche. Elle est là, au centre de l’allée, accrochée au bras du fils, dans son ensemble de nuit. Son sourire est figé sur le papier de glace. Elle me tend un autre cliché. Elle est aussi belle que les dames de Paris, aussi belle que Lady Di, comme elle aime répéter. Encore plus belle que Lady Di, je lui assure. La mère – qui est maintenant grand mère – sort de l’armoire l’ensemble. Petits cœurs bleus sur lit de soie blanche. Elle protège son souvenir d’un plastique. Relique que l’on garde, car elle nous rappelle les nuits blanches, le Festival, les salons parisiens en rêve, le mariage, le fils ainé. Elle représente l’effort de plusieurs nuits, la patience, la ténacité, la frustration des ratés, la fierté de la finalité. Maintenant qu’elle peut se permettre de faire faire, la mère – maintenant grand-mère – l’avoue : de tous les vêtements qu’elle garde, ne restent que ceux qu’elle a cousu de ses mains. Le reste n’a pas la patte de l’âme. Petits cœurs bleus sur lit de soie blanche racontent une histoire, l’histoire d’une mère encore plus belle que Lady Di.

Garment Stories are woven into the very fabric of our clothes—the ones we cherish, the ones we repair, and the ones we wear until they fall apart, only to be tucked away as memories. Clothes tell stories, and this series is about sharing those stories.
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