Mise en abîme de deux histoires d’amour tragiques. « Une histoire d’amour dans une histoire d’amour » on pourrait dire, dont l’unique prière qu’elles ne « se termine[nt] pas tristement », a été faite pour l’une et l’autre.
De serveur, David se fait voleur (du manuscrit de Lila, Lila) et devient l’auteur à succès de l’œuvre. Il attire l’attention de Marie, passionnée de littérature, et construit avec elle, une histoire d’amour basée sur sa vie inventée.
Il m’a fallut me pousser à atteindre la fin de la page 100 — limite auto-imposée pour décider de l’intérêt d’une lecture – avant de choisir de continuer et terminer ce roman d’amour authentique un peu pathétique et rythmé par une intrigue au suspense tout à fait soutenable. Les dialogues sont captivants dans un ensemble parsemé par quelques descriptions non-essentielles, et une impression ‘d’histoire vécue, racontée’ planant par endroits. La jongle des points de vue dynamise l’intrigue dramatique, redonnant un peu de réalisme au pathos de cette romance, mais ne parvenant pas, du moins à mon sens, à créer d’empathie pour les personnages. Autrement dit, « on ne s’y attache pas ».
Lila, Lila aurait pu être un manuel sur les risques du mensonge et de son effet boule de neige ou une réflexion sur les concessions faites au nom du ‘Grand Amour’. Concessions dont l’une des plus courantes est de prétendre être un autre pour l’être aimé. Lila, Lila nous rappelle à quel point il est préférable de poser les cartes sur table avant de s’engager dans l’exercice périlleux d’une romance à notre époque.
Page 26
« Solitaire, c’était autre chose. Solitaire, c’était comme si l’on avait besoin de se trouver à l’instant même parmi les êtres humains. Plus il y en aurait, mieux ce serait. »
Page 97
« Janvier était le mois qui ne voulait pas passer. L’euphorie dans laquelle on avait fêté le nouvel an avait laissé place au dégrisement : on n’avait pas avancé d’un pas, on était au contraire revenu au point de départ. Tout était identique au mois de décembre, mais la gueule de bois avait remplacé l’humeur de fête. »
Page 100
« — Quoi ?
—Pas au téléphone.
— Quand ?
— Au petit déjeuner.
— Où ?
— Au Dutoit.
— Je n’ai pas les moyens.
— Moi non plus.
— Où, alors ?
— Au Dutoit. »
Page 134
« — À quoi penses-tu ? demanda Marie.
— À quoi penses-tu que je pense ?
— À ce à quoi pensent tous les écrivains.
— C’est-à-dire ?
— Au prochain livre.
David se tut.
— J’ai raison?
— Presque.
— Alors à quoi ?
— À ce à quoi je pense tout le temps.
— C’est à dire ?
— À toi.
— Je suis là.
— Mais j’ai les yeux fermés.
— Eh bien, ouvre-les.
David ouvrit les yeux.
— Et maintenant ? À quoi penses-tu ? demanda-t-elle.
— À toi.
Page 186
« Elle humecta son doigt et attrapa le cil sur l’aile de son nez.
— Un cil ?
— Oui.
Il ouvrit les yeux et inspecta la pointe de l’index de Marie. Puis il pressa dessus le bout du sien. C’est elle qui lui avait appris ce jeu. Celui qui gardait le cil verrait un de ses vœux s’exaucer.
Page 264
« Il n’éprouvait aucun besoin de pleurer, les sanglots ne l’étranglaient pas, il n’était pas secoué par des crises de larmes. L’eau coulait simplement de ses yeux et lui descendait sur les joues. »
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