(Page 41)

« Dans la subjectivité sexuelle néolibérale, la sociabilité négative n’est pas vécue comme un état psychique négatif (de peur, d’isolement ou suicidaire), mais plutôt comme […] “la liberté d’affirmation de soi”, une liberté où le soi s’affirme en niant ou en ignorant les autres. »

(Page 44)

« Aujourd’hui, le capitalisme recourt à de nouvelles formes de non-engagement, à travers des horaires flexibles et une externalisation de la main-d’œuvre ; il offre peu de filets de protection sociale et brise les liens de loyauté entre les travailleurs et les lieux de travail, […] »

(Page 94)

« Le rôle des objets dans la construction de climats érotiques s’est d’autant plus accentué qu’après les années 1960, le capitalisme s’est confronté à la nécessité d’étendre ses frontières, les marchés étant saturés de biens “solides” standardisés. Il y est parvenu en allant puiser de nouvelles ressources dans le moi, dans la vie intime et les sentiments, qui commencèrent tous à faire l’objet d’une forte commercialisation. »

(Page 95)

« (Se référant aux années 1990) Contrairement à la beauté, le sex-appeal pouvait être acquis, parce qu’il était une question de style vestimentaire et de posture corporelle. »

(Page 170)

« Une relation négative, c’est comme chercher quelqu’un dans un ensemble de personnes, d’artéfacts et de lieux, et de ne pas le trouver ; c’est ressentir cette absence et l’indétermination de ses intentions et de ses désirs. […] Une relation négative [est] la perception d’un autre absent au milieu du bourdonnement continu de la présence de multiples autres. »

(Page 174)

« L’autogestion psychologique n’est rien d’autre que la gestion d’une incertitude omniprésente dans les relations interpersonnelles, où la liberté sexuelle et le plaisir, tous deux structurés à partir de la grammaire et de la sémantique du marché, ont été échangés contre une certitude psychologique. »

(Page 181)

« Ainsi, l’attrait sexuel est, pour le corps, une nouvelle façon de se mettre en scène à travers des symboles visuels et des objets de consommation. »

(Page 184)

« Le sex-appeal […] recourt aux objets de consommation pour révéler, exhiber et mettre en avant le corps sexuel (et sexualisé). Il désigne le corps nu (désirable), les vêtements se chargeant de signaler et d’évoquer ce corps nu. Être sexy, c’est porter certains types de vêtements […] d’une certaine manière. »

(Page 184)

« Le sex-appeal a ceci de plus démocratique que la beauté : un grand nombre de personnes peuvent y prétendre, les gens beaux comme les moins beaux, les physiquement chanceux comme les moins chanceux ; parce qu’il est le résultat d’une beauté fabriquée plutôt qu’innée, il fait de la consommation un trait permanent de l’expérience du sujet. »

(Page 189)

« Comme l’a remarqué Ashley Mears : “De plus en plus, les entreprises recherchent des employés qui incarnent le bon look.” L’importance de la beauté au travail crée une nouvelle manière de gérer son image, qui s’apparente à une forme d’image de marque personnelle (c’est-à-dire se présenter comme étant doté d’un ensemble de compétences uniques et attractives). »

(Page 195)

« Le capitalisme consumériste utilise les femmes de manière différente, en les incitant à se façonner des corps sexuellement attirants. »

(Page 195)

« Alors que le féminisme a gagné en force et en légitimité, les femmes se sont trouvées assignées de nouveau, à travers le corps sexuel, à des rapports de domination économique. »

(Page 201)

« Le benchmarking sexuel a été également amplifié par la culture de l’Internet, comme en témoignent les efforts déployés par les utilisateurs dans leur profil […] et la manière de se présenter afin d’accroître leur attractivité. »

(Page 201)

« En tant que principal mode de présentation de soi, le moi visuel qui circule sur les médias sociaux est devenu […] une “forme infligée d’idéalisation”. »

(Page 221)

« L’évaluation visuelle associe l’identité d’une personne avec des produits de consommation, et correspond à l’affirmation conjointe d’un goût de consommateur et d’un goût émotionnel. »

(Page 225)

« La haine des femmes pour leur corps est un phénomène si quotidien qu’on oublie à quel point elle nous coupe de notre sentiment de nous-mêmes.” Le corps sexualisé est devenu le siège et la source d’une automutilation par l’anticipation de l’évaluation des autres […]. »

(Page 227)

« L’attrait sexuel des femmes est utilisé comme une forme de capital social et symbolique par les hommes qui se sentent évalués par d’autres hommes dans un domaine où ils sont en concurrence. »

(Page 241)

« Le problème de l’établissement de la valeur de l’objet sexuel et de sa dévaluation ultérieure est donc lié à l’abondance sexuelle. […] Ainsi, les corps sont dévalués soit parce qu’ils peuvent être facilement remplacés, soit parce que leur valeur devient rapidement obsolète. »

(Page 293)

« Les ressources psychologiques que les acteurs doivent développer dans une relation sexuelle et sentimentale font penser à l’acteur économique qui évalue les risques et les retours sur la valeur investie dans un environnement financier incertain. »

(Page 310)

« Dans le domaine économique, la défection est devenue le principal mode de fonctionnement du marché à ses deux extrémités opposées. Du côté de la production, les entreprises délocalisent leurs activités, ferment des usines et licencient des travailleurs ; du côté des consommateurs, les grands magasins ne développent aucune relation associée à un rapport personnel et à la loyauté, et intègrent la défection comme un choix normal […]. »

(Page 314)

« Face à l’incertitude émotionnelle, plusieurs stratégies émotionnelles et économiques sont possibles : investir sans certitude de retour ; retirer rapidement son investissement lorsque le rendement semble incertain ; partir lorsque les exigences sont trop élevées ; développer des stratégies d’assurance sous forme de mécanismes de défense et de protection en se montrant émotionnellement vigilant face à des pertes éventuelles. »

(Page 322)

« Vouloir être désiré durablement et participer à une structure sociale devient une aspiration dans une société saturée par la liberté d’aller et venir. »

(Page 326)

« Dans le divorce, le non-amour ressemble à un lent détricotage ou à la déchirure d’une étoffe, tandis que l’autre forme de non-amour s’apparente davantage à l’incapacité ou au refus d’utiliser quelque fil que ce soit pour tisser un ouvrage. »

(Page 355)

« Pour ces jeunes femmes [interviewées], le temps est considéré comme une marchandise qui doit être mise à profit économiquement et socialement, […]. »

(Page 387)

« La valeur [du moi dans les sociétés capitalistes] s’établit dans quatre domaines distincts : par la sexualisation, par les objets et les pratiques de consommation, par la capacité d’affirmer son autonomie en mettant un terme à une relation et par les ontologies affectives. »

(Page 409)

« […] Charles Melman affirme que les sociétés contemporaines sont passées d’une économie du désir, régulée par la rareté et l’interdit, à une économie de la jouissance, qui correspond à un besoin illimité de trouver une satisfaction immédiate dans des objets qui existent en abondance. »

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