contraintes imposées

Entre 200 et 250 mots pour chaque partie. Décrire un même lieu à travers trois points de vue différents, avec des contraintes spécifiques pour chaque regard.


(PARTIE 1) un lieu comme mémoire : décrire le lieu à travers une expérience personnelle ou fictive marquante. utiliser le « je » sans dire explicitement ce que le personnage ressent. Inclure au moins deux détails olfactifs. Ne pas nommer le lieu.

(PARTIE 2) un lieu comme énigme : point de vue d’un visiteur de passage, qui ne comprend pas les codes du lieu. utiliser le pronom « il/elle ». vocabulaire doit alterner entre le trop précis et le trop vague, comme si certaines choses lui échappaient. décrire un objet ou un rituel récurrent dans ce lieu

(PARTIE 3) : un lieu comme dispositif : description factice d’un lieu réel (le traiter comme un espace d’étude). Employer le ton d’un rapport d’expertise (urbaniste, ethnologue, architecte, etc.). Utiliser des phrases impersonnelles ou passives. Intégrer au moins un chiffre, une couleur dominante, et un son récurrent.

or vert sur terre battue.

Je suis née entourée de paniers et de bouquets d’herbes fraîches. Je suis née acclamée par les brouhahas, les cris, les négoces, les « salut, comment ça va ? ». Je suis née bénie par les odeurs de pulpe, de corps, de poussière et de suie. Une fleur parmi les fruits. J’ai appris à marchander avant de compter. Je voyais la journée passer, longue, les mêmes visages préoccupés se balader, piétiner et les feuilles flétrir sous l’air lourd de la ville. Je voyais les chiens fouiner sous mon éventaire, je traquais les mains qui chapardaient une pomme de terre.

J’y suis née et j’y suis restée. Accroupie sur ce plateau de bois, assoupie jusqu’à ce que vienne le soir. Parlant en malgache, en français, négociant en ariary ou en francs. J’y retrouvais mes amis, mes voisins : vendeurs de pains, de reins, de grains. Nous chantions, nous marmonnions, nous criions par-delà la terre battue. J’ai grandi avec eux, j’ai gardé leurs petits. J’ai vieilli sur le même étal qui m’a accueillie.

Mon fils a dormi dans les paniers de fruits que j’occupais jadis. Mes mains vieillissantes ont caressé son crâne et ceux de ses frères d’âge. Mes seins les ont nourris, bercés, protégés. Ma peau s’est flétrie, les corbeilles de lianes se sont effilochées. Le dos s’est courbé sous le poids des ballots quotidiens. Je veux mourir là où je suis née, étendue dans mon or vert, et bercée par le décompte d’un kilo de haricots.

Trois pauvres tomates.

Elle vient tous les deux jours, peut-être tous les trois, jamais plus. Elle serre les anses de son sac à dos dans ses mains blanches jusqu’à rendre ses phalanges diaphanes. Son regard se jette partout, à l’affût, analysant tout, évitant les œillades des marchandes et de leurs enfants, des vendeurs et des passants. Seuls les chiens continuent leur route sans prêter attention. Elle les évite. Répugnants. Malgré ses efforts pour paraître à l’aise, ses chaussures de marche sont maladroites sur les pierres et la terre battue. Ses pas se concentrent pour éviter les failles et les flaques. Sa tête tourne de gauche à droite. Ses paupières ne se ferment plus, laissant les iris capter la moindre information. Équilibre, attention, orientation, détermination. Tout se mélange et chaque partie de son corps semble agir pour elle-même, indépendamment du reste.

Il lui faut acheter quelque chose à manger. Des grimaces sur son visage lisse trahissent son dégoût. La chair morte d’un volatile, pendue par une pointe au toit, s’indigne. « Il n’y aura pas plus luxueuse nourriture que moi sur ton chemin, Vazaha ». 

Éloignée, elle s’arrête devant une pile de fruits rouges. Ceux-ci elle les connaît. Un balbutiement tente de lui faire connaître le prix des tomates. Elle ne comprend pas la réponse mais hoche la tête et tend le premier billet qui lui vient. La femme lui rend la monnaie. Et trois fruits mûrs. Elle manque de piétiner une poule en reculant, se dit qu’elle sera bientôt pendue comme sa consœur, puis s’éloigne en titubant. 

Les odeurs, et les gens, les piles, les cris et les rires, tout lui fait tourner la tête. Elle reviendra dans quelques jours, et essaiera de prendre plus que trois tomates. 

étals tananariviens.

Plus de la moitié de la population tananarivienne se nourrit grâce aux marchés. À la différence des petits étals indépendants qui habillent les coins de rue, les ruelles et autres ramifications urbaines, les marchés sont des espaces organisés, avec un certain nombre de vendeurs réguliers — parfois concurrents, souvent complémentaires.

Les marchés de la capitale malgache favorisent des réunions de quartier régulières. Ne prenant pas de congés, les marchands ouvrent leurs étals à l’aube et les replient peu avant le coucher du soleil. Tous les âges s’y retrouvent : les plus jeunes portés sur les dos ou accrochés aux seins des mères ; les autres circulant à deux-roues ou poussant des chariots de marchandises.

Dans ces marchés, chacun est libre de proposer son prix et de le négocier. Certains tarifs sont indiqués sur des bouts de carton ; d’autres s’annoncent à voix haute, selon les variations quotidiennes des prix, exprimés en ariary ou parfois encore en francs. La conversion se fait de tête, selon les capacités de calcul de chacun.

Une boîte de conserve de cacahuètes — appelées localement « pistaches » — vaut environ 2 000 ariary. Avec la même somme, on peut acheter deux avocats et demi, un demi-ananas, ou encore quatre kilos de riz blanc. Il est cependant important de noter que les ananas s’achètent uniquement entiers.

Les marchés tananariviens offrent une représentation de la vie sans artifice, dévoilant Impudiquement son désordre harmonieux. 

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