contraintes imposées

250 mots exactement (ni plus, ni moins). point de vue d’un objet de ta maison (une chaise, une plante, une lampe, une tringle à rideaux, etc.). inclure émotion dominante que ressent cet objet (jalousie, sérénité, fatigue, curiosité, nostalgie…). doit contenir :ne description sensorielle (sons, lumières, textures, odeurs, températures…), une réflexion implicite sur ce que cette maison dit des personnes qui l’habitent, une phrase en italique (pour marquer une pensée ou un souvenir de l’objet).
Interdits : ne dois jamais nommer directement les habitants ni dire explicitement qu’il s’agit de ta maison.

Le coq hurle. La nuit s’échappe. L’air frais passe entre mes griffes sans ménagement. Le coq braille à nouveau. Une mobylette passe. Unique passager : pantalon long, sandales, casque élimé par le soleil et les coups. Ventre vide. Il slalome entre les trous, les flaques, les rocailles et les bosses de la route en terre battue.

Je le regarde passer en silence, du haut de ma murette. Dès que le jour nous le permet, on observe tous, ce qui se passe dans la ruelle. Voici le premier passager d’une longue journée. Une journée où rien ne change, où les mêmes enfants viennent hurler sous la porte, où les mêmes chiens viennent quémander à manger, où les mêmes hommes viennent raccompagner leurs femmes.

Je préfère tout de même le jour brutal à la nuit vicieuse. La vie est plus vilaine dans le noir, comme on dit.

De l’autre côté, la maison dort toujours. Les fleurs, timidement, me disent bonjour. Amis immobiles sur leur perchoir : l’un dissuade, l’autre persuade. Le coq devra s’égosiller encore longtemps pour que les paupières diaphanes frémissent.

Le soleil sera déjà haut, tapant sur mon corps décharné, étiré et entortillé autour d’une barre de fer. La nuit sera loin. Yeux clairs n’en verront rien.

Le volatile crache son dernier supplice avant que la journée ne commence. Journée où la terre battue et les pudiques roses ne se croiseront jamais. Journée où, du haut de mon perchoir, j’aperçois deux mondes cohabiter : l’un ayant ce dont l’autre manque, et l’un n’ayant presque rien.

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