The rules of fashion are often hard to grasp—deciding what’s in and what’s out. What is certain, however, is that fashion relies on this divide between what is trendy and what is not to survive.
At its core, fashion works through exclusion: by defining what is fashionable, it highlights what is not1. The Fashion system classifies trends into categories: “fashionable, not-so fashionable, non fashionable and people that are not even on the radar” (Sandra Niessen). The excluded are left with two choices: follow the trend to fit in or remain outside it. The major theories of fashion—like Simmel’s trickle-down theory and Field’s trickle-up theory—illustrate this duality: one group striving to differentiate from the other, while the second group seeks to align with the first.
This duality of identification and differentiation is at the heart of luxury fashion. Luxury thrives by exploiting the frustration of the “mass” to attract the “elites.” It functions through exclusion, primarily through price. By broadcasting their presence across social media, TV, streets, and subways, luxury brands ensure that the majority of people who see their ads cannot afford their products. This is one of the first lessons in Luxury Management: keep prices high to maintain desirability. And ”this” desirability is rooted in exclusion.

Beyond simply using price as a means of exclusion, the Fashion system (with a capital F, referring to the dominant capitalist system2) excludes through access. Fashion shows are the clearest example of this system of exclusion. The Fashion Week calendar is reserved for regular participants—those ‘on the Fashion Week agenda’—and a select few lucky guest Maisons, implying that the other shows are considered less ‘official.’ Additionally, the guest list for shows serves as a strategic marketing tool, determining who receives invitations, who sits in the front row, and who stays backstage. Few designers have opened their shows to the “general public.” Margiela, for instance, opened his show to the public in 1989 allowing anyone interested to attend3. This remains a rare exception, proving that exclusion is the standard.

Exclusion in fashion is also reinforced through knowledge. The industry thrives on the elitist “if you know, you know” mentality, keeping cultural references and an understanding of fashion statements as private territory. Press releases are sent to only a select few, ensuring that the right message about a brand’s intentions is communicated—but always in an exclusive, almost covert way. In recent years, an increasing number of fashion media have chosen to restrict or eliminate their free content, further enhancing the sense of exclusivity. Understanding the deeper meaning behind fashion statements becomes a privilege, with some deemed unworthy of accessing it.
Fashion’s exclusion extends to geography as well. The “fashion capitals” are used to grant legitimacy, while other places are seen as “unofficial”. France, often considered the heart of fashion, still excludes its countryside from the conversation. Only Paris—and perhaps one or two other major cities—are viewed as cultured, diverse, and sophisticated enough to shape the fashion narrative.

More, Fashion’s geographical exclusion is global, with many scholars pointing to its Eurocentric origins4 5. By framing fashion as a Western European creation, it is legitimized only within this context (now expanded to North America through European migration). Other regions are often dismissed, with their attire labeled as “costumes,” “traditional dress,” or “folklore,” rather than fashion6. Regions striving to join the fashion discourse are initially seen as sources of inspiration or “exoticism,” reliant on the support of the established fashion world to develop. Over time, they become recognized as key destinations for fashion, eventually turning into the “places to be” to stay “trendy.” Sandra Niessen speaks about a West/Rest dichotomy.1
Finally, debates on transforming fashion into a more ethical system are sometimes (mis)used7 —especially on social media—to exclude people from the fashion discourse. This has led to a growing question of legitimacy: who has the right to speak about fashion? Discussions on cultural appropriation and appreciation can often be used as a pretext to stop certain people from referencing particular elements in fashion, shifting the focus away from the “proper use” of these references. In this case, legitimacy serves to justify exclusion.

While fashion is often portrayed as creative and free, sparking dialogue and challenging norms—and more recently, advocating for greater inclusivity—it fundamentally operates through exclusion, whether in terms of its mechanisms, access, pricing, understanding, geography, or legitimacy.
French Version
La mode, un système fondé sur le principe d’exclusion
La mode est un jeu dont les règles sont souvent opaques. Qu’est-ce qui est considéré comme mode ?Qu’est-ce qui l’est moins, ou plus du tout ? Ce qui est certain, c’est que pour exister, la mode repose sur une séparation stricte entre ce qui est « validé » et ce qui ne l’est pas.
Le principe d’exclusion est au cœur même du mécanisme de la mode : en définissant ce qui est tendance, elle révèle ce qui ne l’est pas, ce qui ne l’est plus et ce qui n’est même pas à considérer1. Les exclus n’ont que deux choix : suivre la tendance pour s’intégrer, ou demeurer en marge. Les théories les plus influentes de la mode—tel que le modèle « trickle-down » de Simmel et le « trickle-up » de Field—illustrent cette dualité entre l’intégré et l’exclu. Selon ces théories, la mode telle que nous la connaissons en Europe se construit par un jeu de différenciation d’un groupe vis-à-vis des autres, suivi par l’imitation de ce groupe par d’autres, qui adoptent ses codes, et ainsi de suite.
Cette dynamique d’identification et de différenciation est au cœur du luxe. Le luxe prospère en exploitant la frustration des « masses » pour attirer les « élites ». Il fonctionne par exclusion, principalement par le prix. En diffusant leur présence à travers des plateformes accessibles au plus grand nombre (réseaux sociaux, télévision, rues, transports,…), les marques de luxe s’assurent d’être vues par la majorité tout en étant accessible à une poignée. C’est d’ailleurs l’une des premières leçons enseignées en école du luxe : maintenir des prix élevés pour conserver la désirabilité. Et cette désirabilité est enracinée dans l’exclusion.
Au-delà de l’utilisation du prix comme moyen d’exclusion, le système de la Mode (ou Fashion avec un grand F, faisant référence au système dominant2) exclut également par l’accès. Les défilés de mode sont un exemple flagrant de ce système d’exclusion. Le calendrier de la Fashion Week est réservé aux participants — « inscrits à l’agenda de la Fashion Week »— et à une poignée de Maisons invitées, suggérant que les autres défilés sont moins « officiels ». En outre, l’invitation aux défilés est un outil stratégique de marketing, déterminant qui reçoit les invitations, qui est assis au premier rang et qui reste dans les coulisses. Peu de créateurs ont ouvert leurs défilés au « grand public ». Margiela, par exemple, a permis à quiconque d’assister à son show de 19893. Cela reste une exception rare, prouvant que l’exclusion est la norme.
L’exclusion est renforcée par la régulation de l’accès au savoir. L’industrie prospère sur la mentalité élitiste du « if you know, you know » (si tu sais, tu sais), gardant les références culturelles et la compréhension des partis pris créatifs comme un territoire privé. Les communiqués de presse sont envoyés à un nombre restreint, assurant que les intentions d’une marque soient communiquées—mais toujours de manière exclusive, presque secrète. Ces dernières années, un nombre croissant de médias spécialisés ont choisi de restreindre ou d’éliminer leur contenu gratuit, accentuant ainsi le sentiment d’exclusivité. Comprendre les intentions créatives devient un privilège réservé à quelques-uns, avec certains jugés indignes d’y accéder.
L’exclusion géographique est un autre aspect important du système de la mode. Les « capitales de la mode » servent à accorder de la légitimité au travail y étant réalisé, tandis que d’autres lieux – et leurs créations – sont perçus comme « non officiels ». La France, souvent vue comme le cœur de la mode, exclut encore ses campagnes de la conversation. Seules Paris et parfois une ou deux autres grandes villes, sont vues comme suffisamment cultivées, diversifiées et sophistiquées pour participer au récit de la mode.
De nombreux chercheurs soulignent le mythe de l’exclusivité européenne de la mode4,5. En présentant la mode comme une création d’Europe de l’Ouest, elle est légitimée uniquement dans ce contexte – un contexte aujourd’hui élargi à l’Amérique du Nord, considérant les vagues d’immigration européenne). D’autres régions sont souvent rejetées, leurs vêtements étiquetés comme des « costumes », des « vêtements traditionnels » ou du « folklore », plutôt que comme de la mode6. Les régions cherchant à s’intégrer dans le discours de la mode sont initialement perçues comme des sources d’inspiration ou « d’exotisme », dépendantes du soutien du système « occidental » pour se développer. Au fil du temps, certaines peuvent passer d’ignorées à des destinations incontournables, acquérant ainsi la légitimité de figurer parmi les « places to be » pour rester « tendance ». Sandra Niessen parle d’une dichotomie « Ouest »/Reste1.
Enfin, les débats éthiques sur la mode sont parfois mal interprétés7, notamment sur les réseaux sociaux, où les échanges sont souvent peu encadrés. Le principe de légitimité peut alors être utilisé de manière détournée pour exclure certaines personnes du discours sur la mode. C’est particulièrement le cas dans les discussions sur l’appropriation et l’appréciation culturelles, où l’attention est parfois détournée de la nécessité de définir un cadre approprié pour l’usage de certaines références culturelles. Dans ce contexte, la légitimité devient un outil d’exclusion.
Bien que la mode soit souvent présentée comme créative et libre, propice au dialogue et à la remise en question des normes — et plus récemment, plaidant pour plus d’inclusivité — elle repose fondamentalement sur des mécanismes d’exclusion, que ce soit à travers ses règles, son accès, ses prix, sa compréhension, sa géographie ou sa légitimité.
Sources
- Niessen, S. (2003). Afterword in Re-Orienting Fashion : The Globalization of Asian Dress. Re-Orienting Fashion : The Globalization Of Asian Dress, 243‑266. https://www.academia.edu/43019287/Re_orienting_Fashion_Theory ↩︎
- Niessen, S. (2024, 24 janvier). Multilogue Moments : Sandra Niessen on ‘De-Fashion : From Fossil Fuel Fashion to a Fashion Pluriverse’, Provocation at The Digital Multilogue on Fashion Education 2023 – De-Fashioning Education, A Critical Thinking and Making Conference (R. Stauss). Dans F. Schreiber, Spotify. Consulté le 31 janvier 2025, à l’adresse https://open.spotify.com/episode/0GXabyRojyFlneHgdxc6xd
↩︎ - O’Mahony, R. (2024, 25 septembre). Remembered : The Game-Changing Martin Margiela Show of 1989. The Business Of Fashion. https://www.businessoffashion.com/articles/fashion-week/remembered-the-game-changing-martin-margiela-show-of-1989/ ↩︎
- Niessen, S. (2010). Interpreting ‘civilization’through dress. Berg Encyclopedia of World Dress and Fashion, 8, 39-43. ↩︎
- Ozdamar-Ertekin, Zeynep (2019) “Linda Welters and Abby Lillethun, Fashion History: A Global View (2018),” Mark ets, Globalization & Development Review: Vol. 4: No. 1, Article 6. DOI: 10.23860/MGDR-2019-04-01-06 Available at: https://digitalcommons.uri.edu/mgdr/vol4/iss1/6 ↩︎
- Dieffenbacher, F. (2018). Fashion Design Pedagogy : Is Fashion Education guilty of contributing to the problematic discourse around cultural appropriation ? Unknown. https://doi.org/10.13140/RG.2.2.33247.07848 ↩︎
- Rakib, A. (2018, 11 octobre). Sauvegarder les savoir-faire textiles dans le monde (L. Delattre). Dans Institut Français de la Mode. Consulté le 28 janvier 2025, à l’adresse https://www.ifmparis.fr/fr/podcasts/sauvegarder-les-savoir-faire-textiles-dans-le-monde ↩︎
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